Designer la coopération ou gérer la crise : pourquoi vous n'avez pas le choix

Vous ne choisissez pas si vous gérerez des dysfonctionnements collaboratifs. Vous choisissez quand.
Vous lancez dix projets collaboratifs. Deux aboutissent. Les huit autres s'enlisent dans des réunions qui tournent en rond, des malentendus jamais résolus, des silences administratifs qui succèdent à l'enthousiasme initial. Vous reconnaissez ce pattern. Vous l'avez vécu.
Ce n'est ni de la malchance, ni un manque de compétence. ---> C'est une mécanique prévisible.
Designer la coopération, c'est dessiner l'à-venir de vos projets. J'écris l'à-venir avec un trait d'union, car le futur n'est pas ce qui arrive. C'est ce que nous faisons advenir par le design. Soit vous prenez le temps du design, soit vous prenez le risque de l’à-peu-près.
Et voici la mauvaise nouvelle : vous n'échapperez pas aux coûts de la coordination.
La seule question qui reste est celle-ci :
préférez-vous les payer avant, en concevant l'infrastructure de coopération, ou pendant, en éteignant les incendies organisationnels ?
Stefano Mastrogiacomo, chercheur à l'Université de Lausanne et collaborateur de Strategyzer, a documenté plus de 200 facteurs d'échec dans les projets collaboratifs. Derrière cette complexité se cachent trois trappes systémiques que toute équipe peut neutraliser — si elle accepte de designer la coopération au lieu d'improviser la gestion de crise...
🔍 Ce que votre équipe ne dit pas (et qui condamne vos projets)
La trappe n°1 : les angles morts ( le "Blind Spots")
Dans une salle de réunion, une équipe projet présente trois mois de travail. Le PowerPoint fait cinquante slides. L'enthousiasme est palpable. Quatre jours plus tard, le malaise s'installe : personne n'a compris la même chose.
La recherche en psycholinguistique appelle ça le Common Ground (terrain commun). L'échec survient quand l'équipe présume une compréhension mutuelle alors qu'il existe des divergences invisibles sur les priorités, les rôles ou les ressources.
Qui manque dans cette salle ?!
C'est la question que je pose systématiquement. Les angles morts ne sont pas seulement cognitifs, ils sont organisationnels : le décisionnaire absent, l'utilisateur final oublié, ou le financeur qui découvre les contraintes trop tard pour pivoter.
La trappe n°2 : la paresse sociale ( le "Social Loafing")
Découvert par Ringelmann dès 1913, ce phénomène montre que l'effort individuel diminue à mesure que le groupe s'agrandit — si les contributions ne sont pas identifiables. Sans responsabilités explicites, la dilution s'installe. Le projet avance dans les comptes-rendus, mais stagne dans la réalité.
Un projet sans contrat d'équipe explicite, c'est un crédit à taux variable que vous rembourserez en réunions improductives.
La trappe n°3 : l'ambiguïté des rôles
C'est le facteur de stress n°1 en entreprise.
L'ambiguïté empêche l'initiative et génère des conflits de territoire. Amy Edmondson (Harvard) a documenté l'importance de la Sécurité Psychologique : un climat où l'on peut signaler un manque de ressource sans crainte. Mais cette sécurité ne s'installe pas par magie. Elle se conçoit.
🔬 Fondements de la recherche — les 4 piliers de l'alignement
Pour contrer ces trappes, il faut expliciter le Common Ground autour de quatre dimensions :
- Objectifs Communs : Qu'avons-nous l'intention d'accomplir ?
- Engagements Communs : Qui fait quoi et avec qui ?
- Ressources Communes : De quoi avons-nous besoin (budget, temps, accès) ?
- Risques Communs : Qu'est-ce qui peut nous empêcher de réussir ?
Source : Stefano Mastrogiacomo, Coordination des équipes et performance des projets.
💡 L'erreur que j'ai commise : quand la passion masque le design
Pendant un moment, j'ai cru que l'enthousiasme suffisait à l'alignement. J'ai commis l'erreur classique du dirigeant : confondre l'énergie avec la clarté opérationnelle. J'ai vécu cette situation au sein d'un Comité d'Orientation bénévole. Nous étions tous engagés. Et pourtant, nous avons échoué. J'ai laissé s'installer des angles morts massifs : nous voulions "accompagner" sans définir de livrables. J'ai accepté des engagements asymétriques sans les expliciter. J'ai ignoré les risques de fatigue, pensant que l'énergie du groupe compenserait le manque de structure.
Le résultat ? Épuisement et départs silencieux.
Ce fut une leçon d'humilité brutale : sans design, la bonne volonté est un combustible qui brûle vite.
Si nous avions appliqué un protocole d'alignement des équipes dès le départ, ces dysfonctionnements auraient été traités en 90 minutes plutôt qu'endurés pendant des mois.
💰 Vos projets portent une dette invisible
Il existe une dette organisationnelle toxique : l'absence d'alignement initial.
Chaque réunion improductive est un remboursement.
Chaque malentendu, un intérêt qui court.
La dette se contracte à J0, quand vous ne prenez pas le temps de poser les bases.
Elle se rembourse pendant des mois, en énergie dispersée.
🛡️ Designer la coopération ou gérer la crise : il n'y a pas de troisième option
Face à ces trappes, vous êtes soit :
- Option 1 : Pompier.
Vous réparez en urgence.
Vous réalignez sous pression avec une équipe épuisée.
- Option 2 : Designer.
Vous prenez 90 minutes avant le lancement.
Vous forcez l'explicitation des non-dits. Vous concevez l'infrastructure humaine du succès.
Un exemple de protocole en deux passes
- Dans une 1er temps : L'équipe remplit le canevas (Objectifs, Engagements, Ressources, Risques). > C'est une confrontation structurée avec la réalité.
- 45 minutes suivante : La magie opère = Chaque ressource manquante devient un objectif. Chaque risque devient un engagement de mitigation.
🎯 Pourquoi la plupart des équipes choisissent l'option 1 ?
Dans mon travail avec les CODIR, Pôles de compétitivité et les Clusters, j'entends toujours : "On n'avait pas le temps de cadrer correctement".
Vraiment ?
Vous n'aviez pas 90 minutes pour designer, mais vous trouvez des dizaines d'heures pour gérer les malentendus, convaincre les désengagés et rattraper les retards ?
Vous payez toujours. La seule différence, c'est le taux d'intérêt...

🧭 Et si vous arrêtiez de gérer des crises évitables ?
Vous dirigez. Vos équipes sont compétentes. Vos projets sont bien financés. Et pourtant, ils dérivent. Ce n'est pas une question de talents. C'est une question de méthode.
Vous pouvez :
- Continuer à payer le prix de la coordination invisible.
- Faire monter vos dirigeants en compétences pour designer la coopération.
Designer la coopération, ça s'apprend !
Je transmets un protocole hybride et adapté pour la clarification, la structuration et la gestion de risque pré-projet.
Deux formats d'accompagnement :
> Formation & Transmission — 3h pour maîtriser le protocole de cadrage pré-projet
> Architecture de Coopération — Accompagnement stratégique pour consortiums et partenariats multi-organisations (gouvernance, risques, financement)
Envie d'en parler ?📩 k@agnodice.fr
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📚 Sources & Références
- Mastrogiacomo, S. & Osterwalder, A. (2021). High-Impact Tools for Teams.
- Clark, H. H. (1996). Using Language. (Théorie du Common Ground)
- Edmondson, A. (Harvard). Recherche sur la Sécurité Psychologique.
- Standish Group. CHAOS Report.
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