Quand une agglo fait de la prospective territoriale sans le dire

À chaud  | Mercredi 17 juin 2026, Louvre Lens Vallée.

Restitution publique de l'enquête mobilité du Labo de la participation des habitants de la Communauté d'Agglo de Lens-Liévin ( La "CALL"), agglomération du Bassin Minier, 245 000 habitants, 36 communes. Plus de 1300 d'entre eux ont répondu à l'enquête.

Je raconte cette matinée en cinq actes , non par effet de style, mais parce qu'elle s'est ouverte à moi par paliers, chacun déplaçant un peu plus mon regard sur ce que la CALL est en train de construire.

✍️ Pourquoi je l'écris
La CA de Lens-Liévin est mon agglo. Je l'observe en habitante autant qu'en professionnelle de la prospective, avec la tendresse et l'exigence qu'on a pour ce qui nous est proche. Ce billet est un retour terrain à chaud, écrit le soir même.
Précision : je n'ai assisté qu'au matin et au repas. Les ateliers de l'après-midi (« Le Labo se met au boulot ») ne sont donc pas couverts ici. Billet partiel assumé !

Acte I — Un mercredi pas comme les autres

J'arrive au Louvre Lens Vallée vers 9 h. Café à la main, je m'attends à un colloque de plus : projections de slides, intervenants qui se citent entre eux, applaudissements polis. Je me trompe.

Détail qui m'avait déjà frappée à la réception de l'invitation : elle venait de la Direction Cohésion Sociale de l'agglomération — et non d'une Direction Transports ou Mobilité. Ici, la mobilité se traite par l'organigramme social. On verra plus loin pourquoi ce détail compte.

Sur scène, des étudiants de l'AFERTES , centre de formation en travail social, à Saint-Laurent-Blangy (Grand Arras), présentent les résultats d'une enquête conduite sur presque 2 ans auprès de plus de 1300 habitants. À côté d'eux, deux sociologues partenaires posent le cadre. En salle, des élus, des techniciens, des associations  et des habitants qui ont participé à l'enquête et qui vont écouter leur propre territoire se faire raconter à voix haute.

J'en repars avec une intuition : cette agglomération est en train de faire de la prospective territoriale , sans toujours la nommer.

Acte II — 3 chiffres qui dérangent (et un quatrième qui éclaire)

Je note. Les chiffres tombent. Trois me cueillent au passage :

  • 67 % des déplacements se font en voiture individuelle.
  • 36 % des répondants n'ont pas le permis. Chez les 17-25 ans, ce chiffre monte à 68 %.
  • 87 % déclarent avoir un arrêt de bus ou de train à proximité. Autrement dit : la couverture infrastructurelle existe. Le sujet n'est pas là.

Et puis ce quatrième chiffre, qui éclaire les trois autres :

  • 42 % des personnes sans permis ont déjà renoncé à un emploi ou à une formation — contre 33 % chez celles qui l'ont.

Que dit ce chiffre, au fond ? Ce n'est pas qu'un problème de "mobilité." C'est un problème d'accès à la vie économique, qui prend la forme d'un sujet mobilité parce que le territoire s'est organisé comme ça.

Et derrière ce problème d'accès, un coût invisible : chaque déplacement non-évident ( train inhabituel, correspondance non-testée, arrêt non-repéré) mobilise un calcul mental permanent que les chiffres ne mesurent pas. -> Un mot circule sur le terrain pour le dire : la sécurité cognitive. J'y reviens dans l'Acte III.

Acte III — L'angle mort métropolitain

« On peut résider à Lens sans habiter Lens. » C'est un géographe universitaire qui pose, avec cette phrase, le diagnostic le plus net de la matinée. Deux mots que je n'avais jamais entendus, et qui me parlent immédiatement de tous les territoires que j'observe depuis des années dans les Hauts-de-France.

📐 Chti lexique de terrain !

Anachorisme : import dans un territoire de pratiques pensées pour un autre. Concept introduit en géographie francophone par Denis Retaillé dans un article fondateur de L'Espace géographique, où il pose : « Nous pouvons très rapidement définir l'anachorisme comme étant à l'espace ce que l'anachronisme est au temps. » Et de préciser : « Les lieux, les axes, les territoires délimités, hérités de fonctionnements dépassés de l'espace géographique, peuvent se trouver "décalés" par rapport aux structures aujourd'hui fonctionnelles. »

L'universitaire entendu ce matin reprend cette analogie pédagogique et cite Euralens, projet d'aménagement urbain lancé dans les années 2000 autour de l'ouverture du Louvre-Lens, pensé comme « un Euralille à Lens », qui n'a pas produit les effets de centralité métropolitaine attendus — comme illustration emblématique de ce qu'il faut éviter.

Fonctionnalisme : héritage de l'urbanisme moderne, théorisé par la Charte d'Athènes (1933) et portée par Le Corbusier, qui découpe la ville en 4 fonctions — habiter, travailler, se récréer, circuler. On sectorise le territoire (zone industrielle, zone pavillonnaire, zone commerciale, zone administrative) et l'on reconfigure l'espace en partant des cartes et pas des trajectoires, sans tenir compte des modes de vie réels des habitants. La sociologie des organisations en a depuis montré les limites pour l'action publique (Crozier & Friedberg, L'Acteur et le système, 1977).

Motilité : la capacité et l'aspiration à se mouvoir. Une donnée culturelle et sociale, pas seulement pratique.

Sécurité cognitive : formule de terrain qui désigne l'état mental d'une personne capable de se déplacer sans surcharge ni angoisse.

Une alternative de mobilité ne devient utilisable que si elle est « visible, comprise, accessible, fiable et sécurisante » , la sécurisation se déclinant à cinq niveaux : physique, relationnelle, pratique, financière, temporelle.

Le concept articule trois apports académiques : la charge cognitive (Sweller, 1988 — la mémoire de travail a une capacité limitée), la carte cognitive du risque (Slovic, 1987 — un risque choisi et contrôlable est tolérable, un risque subi et incontrôlable ne l'est pas) et la composante compétence de la motilité (Kaufmann, 2002). C'est ce qui transforme un trajet « possible sur le papier » en trajet réellement praticable — ou pas.

C'est aussi un capital : il s'acquiert lentement (routines, accompagnement, essais réussis) et se dilapide vite (un imprévu suffit à renvoyer la personne à la voiture, ou au renoncement).

L'anachronisme, c'est juger une époque avec les valeurs d'une autre — un désajustement au temps. ---> L'anachorisme, c'est aménager un territoire avec les recettes d'un autre — un désajustement au lieu. Ces deux mots ne disent pas grand-chose pris séparément.

C'est leur articulation qui produit le diagnostic posé ce matin : le fonctionnalisme découpe la vie d'un territoire en cases (travailler ici, dormir là, consommer ailleurs) ; l'anachorisme plaque ces cases sur un terrain qui n'a pas été pensé pour ça. Or les habitants, eux, ne vivent pas leur territoire en cases — ils y déploient des trajectoires fluides, des contournements, des renoncements silencieux.

Le décalage est là, structurel, et il dépasse largement la CALL : c'est l'angle mort partagé d'une bonne partie de l'action publique française.

🌱 Et la pépite : le capital d'autochtonie

Les sociologues partenaires ont posé un autre mot, plus discret mais tout aussi décisif que celui du géographe : le capital d'autochtonie. Étymologiquement, l'autochtone est celui qui est « né de la terre même qu'il habite » (du grec autos, soi-même, et chthôn, la terre). Concept forgé par Jean-Noël Retière  et prolongé empiriquement par Nicolas Renahy dans "Les Gars du coin", ethnographie longue d'un village ouvrier de Bourgogne dont la parenté avec le nôtre saute aux yeux.

Il désigne « l'ensemble des ressources que procure l'appartenance à des réseaux de relations localisés ». Le voisin qui prête sa voiture, la famille élargie qui dépanne, l'employeur qui embauche par bouche-à-oreille, le médecin connu depuis vingt ans. -->  Un capital invisible dans les indicateurs publics, mais qui structure massivement les classes populaires, et tout particulièrement les territoires d'ancienne industrie comme le nôtre.

Dans l'enquête restituée ce matin, ce capital saute aux yeux dans la famille dite populaire : ancrage résidentiel familial dans un périmètre d'environ 1 km, identité territoriale centrée sur le quartier avant la commune, forte dépendance aux solidarités familiales pour l'accès aux soins, voiture comme marqueur d'ascension sociale succédant à l'accession à la propriété. Ce capital est plus diffus, plus tardif, dans la famille de classes moyennes, qui choisit sa commune pour son cadre de vie et ses services, pas pour ses racines, et qui socialise ses enfants à l'autonomie et à la mobilité vers d'autres territoires.

Pourquoi c'est décisif pour l'action publique...

Anachorisme et capital d'autochtonie sont les 2 faces d'une même médaille. L'un dit « n'importez pas ce qui ne va pas avec ce lieu » ; l'autre dit « ne détruisez pas ce qui s'y est déjà tissé ».

Une politique de mobilité descendante, qui voudrait simplement désenclaver un Bassin Minier vers la métropole lilloise, risque de dissoudre ce capital sans en construire un autre, et de produire ce que les chiffres de l'enquête disent à voix basse : des renoncements silencieux.

Précision importante, parce que le concept se prête à plusieurs usages : le capital d'autochtonie peut, dans d'autres lectures, basculer en arme d'exclusion (« nous ici, on est chez nous »). Ce n'est pas l'usage que j'en fais ici : je le mobilise comme ressource collective à respecter dans l'action publique, pas comme frontière à défendre !

Vue aérienne du Bassin Minier. Source : Communauté d'Agglomération de Lens-Liévin (CALL).

Le Bassin Minier n'est pas une métropole en miniature. C'est un système hérité, organisé pendant un siècle autour d'un mode de vie minier où tout se faisait à proximité : la cité, l'école, le commerce, l'employeur. La proximité n'était pas une valeur — c'était l'architecture invisible du quotidien.

Quand les ressources (emplois, commerces, services) se sont périphérisées à partir des années 1960-1980, ce système a été déstabilisé sans que personne ne donne aux habitants les compétences de mobilité pour s'adapter. Importer aujourd'hui les recettes des métropoles, c'est faire de l'anachorisme : appliquer à un territoire post-minier des solutions pensées pour un autre, sans tenir compte de ce qui le rend (si ) singulier...

🧭 La prospective territoriale, en deux mots

Ce n'est pas une boule de cristal. C'est une discipline qui aide une collectivité à explorer plusieurs futurs possibles pour son territoire, en partant des modes de vie réels, des trajectoires sociales, des aspirations habitantes. Pas des seules cartes, des seules compétences légales, des seuls indicateurs.

Pourquoi une agglo gagne à entrer dans cette démarche : elle se prémunit de l'anachorisme (importer des recettes pensées pour un autre territoire), affine son approche du terrain qu'elle a réellement, et transforme un cadre légal subi en projet politique assumé. Moins une méthode qu'une discipline du regard.

Et son alliance avec un dispositif d'écoute habitante ?

C'est précisément ce qui aurait pu, dès les années 2000, éviter des projets comme Euralens. Une prospective stratégique seule, conduite en chambre par des experts, court le risque même qu'elle cherche pourtant à conjurer : projeter une grille théorique sur un territoire au lieu de partir de lui. Un Labo de la participation seul produit une photographie fine du présent, mais sans projection long terme.

C'est leur alliance qui fait la différence : la prospective pour interroger les modèles importés et ouvrir des futurs possibles, le Labo ici pour les ancrer dans les pratiques et les aspirations réelles. L'un sans l'autre tombe dans l'anachorisme ( oui, je kiffe ce mot ! ) ou dissout le capital d'autochtonie en place.

Ensemble, ils s'en prémunissent : la prospective évite d'importer ce qui ne va pas avec ce lieu, le Labo évite de détruire ce qui s'y est déjà tissé. C'est, à mes yeux, ce que cette matinée a montré sans toujours le nommer.

Acte IV — Ce qu'une agglo peut faire (sans toujours le nommer)

C'est ici que ma matinée a basculé. Parce que ce que j'ai entendu dans la 2e partie de la journée n'est pas une politique de mobilité. C'est, à mes yeux, 3 marqueurs de prospective territoriale, au sens fort du terme.

(Souvenez-vous : l'invitation venait de la Cohésion Sociale. Ce n'est pas anodin : c'est le premier marqueur, méta-structurel, des trois qui suivent.)

1. Assumer une compétence qu'on n'a pas

La mobilité n'est pas une compétence légale obligatoire pour une agglomération. La santé non plus. Celle-ci s'en saisit malgré tout, dans un contexte budgétaire contraint, parce qu'elle considère que ces sujets traversent les modes de vie de ses habitants et ne prend pas le risque qu'un autre acteur ne le fasse (pas) à sa place.

Choisir d'agir hors champ légal, c'est un acte politique de prospective : on ne se contente pas de gérer ce qui nous est attribué, on prend en charge ce qui structure réellement la vie du territoire.

2. Choisir l'équité, pas l'égalitarisme

J'entends, en Hauts-de-France, des collectivités préférer la qualité de service pour les publics les plus vulnérables à la gratuité universelle. Ce n'est pas un détail technique : c'est un choix idéologique assumé, concentrer les moyens là où ils transforment des trajectoires de vie, plutôt que de les diluer en geste symbolique pour tous.

Ici, le lab de l'agglomération travaille cette ligne avec Pas-de-Calais Habitat ( bailleur public) pour aller-vers les locataires du parc social qui ne demandent pas, parce que personne ne leur a jamais dit qu'ils pouvaient demander par exemple ...

Parce que demander suppose déjà une sécurité cognitive que beaucoup n'ont pas : savoir lire un horaire, anticiper un imprévu, se sentir autorisé à se projeter dans un trajet.

L'aller-vers, c'est exactement ça : apporter la sécurité cognitive avant l'offre, pas après.

Une enquête départementale partenaire a un nom pour ce qu'il en reste : la demande invisible. Le week-end, dans les communes rurales où les bus s'arrêtent, des personnes ne disent pas qu'elles ne peuvent plus sortir, elles demandent à leur famille de venir, ou renoncent en silence. Faire de la mobilité un sujet d'équité, c'est aussi aller chercher ces silences-là.

En filigrane : la gratuité universelle est une réponse uniforme. Efficace là où le réseau est dense et où le coût est le frein — elle frôle l'anachorisme dès qu'on la calque, sans la réinterroger, sur un territoire où le frein principal est cognitif et relationnel, pas tarifaire. L'aller-vers, à l'inverse, active le capital d'autochtonie en s'insérant dans les réseaux de voisinage qui existent déjà.

3. Outiller la désirabilité, pas seulement l'offre

Une des illustrations de la matinée : l'AFEV , Association de la Fondation Étudiante pour la Ville, présente à Lens, qui mobilise depuis trente ans des étudiants bénévoles dans les quartiers populaires pour agir contre les inégalités socio-éducatives, porte avec des lycéens du territoire le Projet Phénix.

Le principe : un atelier hebdomadaire en classe, ponctué de trois immersions dans des lieux symboliques du territoire, pour aider les jeunes, selon les mots mêmes du programme — à « mieux l'appréhender, le désirer et s'y projeter ». Ils ne parlent pas mobilité. Ils marchent. Ils découvrent. Ils s'autorisent à se projeter dans leur propre territoire.

C'est exactement ça, la motilité : créer du désir avant de proposer de l'offre. Et c'est très peu enseigné dans les écoles de service public...

🧭 Ma lecture

L'avenir mobilité se subit dans le Bassin Minier.
L'à-venir mobilité se construit dans les Labos de la participation que des agglomérations osent ouvrir ;-)

Acte V — Et si… ?

Je reprends ma route en fin de journée avec 3 graines qui ne me lâchent pas :

  • Et si la mobilité se pensait comme un cycle de considération — voir, comprendre, oser, choisir — plutôt qu'un plan de transport ?

  • Et si les agglomérations qui font ce travail (et celle dont je parle ici n'est pas seule) prenaient le temps de nommer leur démarche comme de la prospective territoriale ? Cela les rendrait plus lisibles, plus exemplaires, plus partageables, et créerait du modèle, pas seulement du précédent.

  • Et si, pour aller chercher les publics non-demandeurs, ceux dont on ne parle dans aucune enquête parce qu'ils ne participent jamais, une prochaine promo d'étudiants de l'AFERTES s'alliait à des designers ? Les travailleurs sociaux savent écouter. Les designers savent rendre praticable. Ensemble, ils pourraient ouvrir ce que ni l'un ni l'autre n'atteint seul.

Une dernière remarque, posée avec la même tendresse que celle que j'ai eue pour mon agglo ce matin. La communication institutionnelle de cette agglomération met aujourd'hui en avant l'innovation et la participation — à juste titre, parce que c'est réel. Elle préfère le vocabulaire de la solidarité territoriale à celui de l'équité — alors que c'est ce dernier qui, à mon sens, constitue le principe directeur le plus puissant et le plus original du dispositif.

Pour aller plus loin

Ce billet ouvre un fil éditorial 2026 sur les agglos qui font, sans toujours le nommer, de la prospective territoriale. La suite à venir sur le blog ;-)

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📚 Toutes les références académiques mobilisées :

Sur l'anachorisme

  • Retaillé, Denis, « La notion d'anachorisme en géographie », L'Espace géographique, tome 16, n°1, 1987, pp. 39-41. En ligne sur Persée.
  • Soja, Edward W., repris notamment sous le terme anachorism dans le champ de la géographie postmoderne anglophone.
  • Dupuy, Lionel, L'Imaginaire géographique. Essai de géographie littéraire, 2018 — prolongement du concept dans le champ de la géocritique ouvert par Bertrand Westphal (Université de Limoges).
  • Capdepuy, Vincent, « Anachorisme », Géoconfluences, ENS Lyon, mai 2026.

Sur le capital d'autochtonie

  • Retière, Jean-Noël, « Autour de l'autochtonie. Réflexions sur la notion de capital social populaire », Politix, vol. 16, n°63, 2003, pp. 121-143. En ligne sur Cairn.
  • Renahy, Nicolas, Les Gars du coin. Enquête sur une jeunesse rurale, préface de Stéphane Beaud et Michel Pialoux, La Découverte, coll. « Textes à l'appui », 2005 — ethnographie longue d'un village ouvrier de Bourgogne qui prolonge empiriquement le concept de Retière.
  • Ripoll, Fabrice (et al.), « Mobilité/autochtonie : sur la dimension spatiale des classes sociales », Regards Sociologiques, n°40, 2010.
  • Aunis, Émilie, Benet, Joachim, Mège, Arnaud, Prat, Isabelle (dir.), Le capital d'autochtonie. Genèse et usages d'une notion, Presses Universitaires de Rennes, 2016.

Sur le fonctionnalisme urbainSur les limites de l'acteur public

  • Crozier, Michel & Friedberg, Erhard, L'Acteur et le système. Les contraintes de l'action collective, Seuil, 1977 — fondateur de l'analyse stratégique en sociologie des organisations, qui démontre comment les règles descendantes des administrations échouent à capter le comportement réel des acteurs locaux.

Sur la sécurité cognitive et le coût mental du déplacement

  • Sweller, John, « Cognitive load during problem solving: A schema-based approach », Cognitive Science, vol. 12, n°2, 1988, pp. 257-285 — fondateur de la théorie de la charge cognitive : la mémoire de travail a une capacité limitée que toute tâche complexe ou non-routinière sollicite, y compris un trajet inhabituel.
  • Slovic, Paul, « Perception of Risk », Science, vol. 236, n°4799, 1987, pp. 280-285 — démontre qu'un risque choisi, contrôlable, familier est socialement acceptable, tandis qu'un risque subi, incontrôlable, inconnu ne l'est pas, même à dangerosité objective équivalente. Pose les bases de la carte cognitive du risque mobilisée ici.
  • Kaufmann, Vincent, Re-thinking Mobility. Contemporary Sociology, Ashgate, 2002 — la motilité comme capital de mobilité à trois composantes (accès, compétences, appropriation), dont la composante compétence cognitive du déplacement est directement adjacente à la sécurité cognitive.
  • ADEUS (Agence d'urbanisme de Strasbourg-Rhin Supérieur), L'épreuve de la mobilité. Pratiques de mobilité des personnes vulnérables, Note n°325, 2024 — étude de terrain qui documente la fonction de la signalétique adaptée, de l'accompagnement humain et de la familiarisation préalable pour rendre une offre de transport effectivement praticable par les publics les plus exposés.
  • Le Corbusier, La Charte d'Athènes, IVe Congrès International d'Architecture Moderne (CIAM), 1933 — publiée en 1943. Quatre fonctions de la ville fonctionnelle : habiter, travailler, se récréer, circuler.

Ces références sont mobilisées dans le lexique de l'Acte III, dans l'articulation du binôme anachorisme × fonctionnalisme et dans la formulation de la sécurité cognitive. Elles sont nommées ici dans leur version canonique pour permettre au lecteur curieux de les retrouver et pour assumer qu'un retour à chaud peut aussi être un retour sourcé ;-)

Katia
Designer Stratégique
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