De la correction à l'exploration : et si une image suffisait à révéler votre posture stratégique ?

Et si une simple illustration suffisait à révéler ce qu'aucun diagnostic ne capte ?
Je le vois se produire à chaque fois que je commence un atelier par celle-ci. Personne ne la commente. Personne ne pose de question. Et pourtant, dans le silence, quelque chose bouge — chez les gens, dans la pièce, dans la conversation qui suivra.
Une illustration. Deux objets. Une exclamation.
Pas un mot, pas un cadre théorique, pas un grand discours — et l'équipe se met à parler vrai.
Et le plus frappant, c'est que cela se reproduit. Avec des managers, des équipes projet, des associatifs, des élus, des entrepreneurs — partout où il est nécessaire d'arbitrer entre corriger ce qui existe et explorer ce qui pourrait être. Ce qui se joue ici, ce n’est pas une question d’outil. C’est que beaucoup de collectifs confondent corriger ce qui existe avec orienter ce qui devrait exister. À chaque fois, le déclic. C'est ce qui m'a donné envie de sortir l'image de mes seuls ateliers — et de l'offrir à qui pourra s'en servir.
« Trop d'équipes passent leur temps à ajuster leurs lunettes. Et le télescope reste fermé dans le placard. »
L'image qui ouvre la conversation
Cette image, je la projette avant le sujet du jour. Avant le diagnostic, avant les slides, avant le PowerPoint. Sans commentaire. Juste un sourire. Et je laisse l'équipe la regarder.
Ce qui se passe ensuite est presque toujours le même : quelqu'un sourit, quelqu'un commente, et la conversation s'ouvre — vraie, simple, sans usine à gaz.

Ce qu'on voit (en cinq secondes)
- Des lunettes — l'outil de correction. Elles voient de près ; elles corrigent le regard.
- Un télescope — l'outil d'exploration. Il voit de loin ; il déplace le regard.
- Une bulle de dialogue, lancée des lunettes vers le télescope : « Flûtain ! T'es un visionnaire ! »
Le double sens du mot vision fait tout le travail.
Les lunettes corrigent la vision (au sens optique).
Le télescope porte une vision (au sens stratégique).
Même mot. Deux univers totalement différents.
Quatre niveaux de lecture, quatre conversations stratégiques
« Il y a deux façons de voir. La première corrige. La seconde explore. La plupart des dirigeants maîtrisent la première. Très peu osent la seconde. »
Cette image fonctionne comme une boucle de questions emboîtées. Chaque niveau de lecture déclenche une conversation différente. À vous de choisir laquelle vous voulez ouvrir.
1. L'humour
Peu importe qu'on saisisse le jeu de mots tout de suite. Ce qui compte, c'est qu'il y en ait un — et que ce soit visible. Un clin d'œil suffit à signaler : ici, on peut sourire ; ici, on peut parler sans armure.
C'est cette permission, plus que la blague elle-même, qui fait baisser les défenses. Quand on rit ensemble — ou même quand on s'attarde sur un sourire — on écoute ensemble.
L'humour est un des plus courts chemins entre deux postures stratégiques.
2. Proximité vs distance
Les lunettes sont collées au visage. Elles servent de près.
Le télescope est sur un trépied. Il sert de loin.
Pour voir grand, il faut souvent prendre du recul. Littéralement.
C'est ce que beaucoup de dirigeants oublient : on ne peut pas être visionnaire avec le nez collé sur le tableau de bord.
3. Corriger vs explorer
Les lunettes corrigent un défaut. Elles réparent.
Le télescope explore un inconnu. Il découvre.
« Combien d'heures, la semaine dernière, avez-vous passées à corriger ? Et combien à explorer ? Si vous hésitez, vous êtes au bon endroit. »
L’avenir se subit. L’à-venir se décide. Si la balance penche lourdement d'un côté, vous êtes peut-être très efficace. Mais vous n'êtes pas (encore) visionnaire.
4. L'humilité du regard
Et puis il y a le plus subtil, qui passe presque inaperçu : la lecture est volontairement ouverte.
Quand les lunettes lancent leur « Flûtain ! T'es un visionnaire ! » au télescope, on peut entendre trois choses très différentes :
- De l'admiration — « waouh, toi tu vois vraiment loin »
- De l'ironie — « mais oui, c'est ça, t'es un visionnaire toi »
- De la reconnaissance lucide — « moi je corrige, toi tu projettes ; chacun son métier »
L'image ne tranche pas. Et c'est précisément pour ça qu'elle marche en collectif : ce que votre équipe y projette devient le diagnostic.
Une équipe qui lit « admiration » n'est pas dans le même état qu'une équipe qui lit « ironie ». Demandez. Écoutez !
C'est ça, l'humilité du regard stratégique. Ne pas imposer la lecture. Laisser le collectif y entendre ce qu'il a besoin d'y entendre — et entendre ce qu'il entend.
C'est aussi, dans mes missions chez Agnodice, l'un des trois HUMs que je place au cœur de toute transformation : Humanité, Humour, Humilité.
Pourquoi cette image fonctionne en ouverture d'atelier ?
Vous pourriez me dire : « Pourquoi pas un PowerPoint ? Un schéma ? Un cadre théorique ? »
Parce qu'une métaphore visuelle fait quatre choses qu'aucun framework ne fait aussi bien.
- Elle court-circuite les jargons
Pas de « stratégie de transformation digitale agile à 360° ». Juste des lunettes. Juste un télescope. Le cerveau comprend en moins d'une seconde.
- Elle crée un langage partagé en trente secondes
Après cette image, dans le reste de l'atelier, on peut dire : « Là, on est en mode lunettes » ou « Il manque une lecture télescope ». Tout le monde comprend. C'est un protocole de communication qui s'installe sans effort.
- Elle déclenche des conversations vraies, sans grand-messe
Pas besoin d'un grand séminaire de deux jours pour avoir cette conversation-là. L'image fait le boulot. Le facilitateur n'a plus qu'à tenir l'espace.
- Elle met l'humour au service du sérieux
C'est paradoxal mais c'est vrai : on ne parle jamais aussi bien des sujets graves qu'avec le sourire. L'humour ouvre la porte. Le sérieux s'invite ensuite.
3 propositions pour vous emparer de cette image
Je l'utilise dans de nombreux contextes et je vais ici vous en partager 3, directement mobilisables dans votre organisation, dès demain.
1. En ouverture de réunion stratégique
Projetez l'image. Ne dites rien. Laissez quinze secondes de silence.
Puis posez une seule question :
« Dans notre organisation, qui porte les lunettes — et qui regarde dans le télescope ? »
Et écoutez. Vraiment.
Vous serez surpris du niveau de lucidité que cette question fait émerger — sans détour, sans posture, sans diapositive. (Attention toutefois : l'image ouvre la porte, mais c'est à vous de garantir la sécurité psychologique pour que l'équipe ose la franchir. Si le silence s'installe et reste lourd, le problème n'est plus la vision, c'est la confiance.)
2. En diagnostic d'équipe
Demandez à chaque membre de l'équipe — quel que soit le format du collectif (CODIR, équipe projet, bureau associatif, comité, conseil…) — de répondre individuellement, à l'écrit :
- Mode lunettes — quel pourcentage de votre temps avez-vous passé, la semaine dernière, à corriger ce qui ne va pas, optimiser ce qui existe, résoudre les problèmes du présent ?
- Mode télescope — quel pourcentage de votre temps avez-vous passé à explorer ce qui n'existe pas encore, imaginer ce qui pourrait être, sentir l'horizon long ?
Le ratio révèle la posture stratégique réelle de l'équipe. Pas celle qui est écrite dans le plan stratégique. Celle qui vit dans l'agenda.
Et c'est souvent un électrochoc. Ne cherchez pas à tout révolutionner le jour même. La première étape est d'accepter ce ratio, et de décider d'allouer ne serait-ce que 5 % de temps à rouvrir le télescope au prochain ordre du jour.
3. En slide d'ouverture de séminaire stratégique
Si vous animez un séminaire de prospective, de vision ou de planification stratégique : commencez par cette image !
Pas par les chiffres. Pas par le bilan. Pas par les enjeux du secteur.
Par les lunettes et le télescope.
Le reste viendra tout seul.
Le piège à éviter
Attention. Cette image peut être lue comme une opposition.
Lunettes = mauvais. Télescope = bon.
Opérationnel = ringard. Stratégique = noble.
C'est faux. Et c'est même dangereux. Beaucoup de dirigeants sont persuadés d'incarner « le télescope » — jusqu'à ce qu'ils mesurent le temps réel qu'ils passent à micro-manager le quotidien.
Une organisation saine a besoin des deux.
Sans télescope, on tourne en rond. Sans lunettes, on trébuche en marchant.
Le problème, ce n'est jamais l'un ou l'autre. C'est quand tout le monde porte des lunettes et que personne ne regarde dans le télescope. Ou l'inverse — quand le dirigeant est dans les étoiles et que personne ne gère le quotidien.
La vraie question n'est pas « lunettes ou télescope ? ». C'est : « qui regarde dans quoi, et quand ? »
Mon invitation : Adoptez cette image !
Affichez-la à votre prochain CODIR, à votre prochaine réunion d'équipe projet, à votre formation, à votre conseil d'administration, à votre assemblée associative, à votre comité de pilotage. À chaque fois qu'un collectif doit arbitrer entre corriger ce qui existe et explorer ce qui pourrait être.
Et reposez-la. La même question :
« Dans notre organisation, qui porte les lunettes - et qui regarde dans le télescope ? »
Vous serez surpris de ce que ça déclenche.
Cette image, je l'utilise dans mes missions de design stratégique. Mais elle est trop utile pour rester enfermée dans mon scope d'intervention. Alors je vous l'offre — librement, sans contrepartie. Le seul usage qui compte est celui qui sert votre collectif.
Parce que les vraies conversations stratégiques ne demandent pas un grand chantier. Juste une bonne porte d'entrée.
Et parfois, cette porte d'entrée tient en six mots dans une illustration.
Et si la question stratégique la plus importante de votre année n'était pas dans votre plan — mais dans votre regard ?
Pour aller plus loin
Ce que j'apporte n'est pas une “méthode propriétaire”. C'est un regard de tiers, formé par des années de design et de facilitation auprès de collectifs très différents — directions, équipes projet, associations, collectivités. Tous, à un moment ou un autre, butent sur le même point : ils confondent l'activité et la direction. Ils ont des plans, des tableaux de bord, des objectifs — et pourtant, quelque chose ne bouge pas.
Le design stratégique, c'est l'artisanat qui permet à ce quelque chose de bouger. J'utilise des outils — certains que j'ai forgés chez Agnodice. Le métier consiste à savoir quel outil pour le mode lunettes, quel outil pour le mode télescope, et à doser, face au besoin réel, l'équilibre entre les deux.
Mais aucun outil ne fait le travail tout seul. Tout commence vraiment quand un collectif accepte de porter un vrai regard sur la raison pour laquelle il fait les choses. C'est ce moment-là que j'aide à créer à travers le Dialogue Stratégique : tenir l'espace pour qu'une équipe se voie elle-même, poser la question qui ouvre plutôt que celle qui ferme, redonner la liberté d'oser regarder ailleurs. Pour ceux qui veulent — ou qui ont besoin — de bouger les lignes, pas seulement de les optimiser.
Je n'aide pas les équipes à mieux porter leurs lunettes. Je les aide à oser regarder dans le télescope. Si c'est votre enjeu, parlons-en.
Le design stratégique ne commence pas avec un framework. Il commence avec un regard.
Soit vous prenez le temps. Soit vous prenez le risque !


